Les êtres humains ont les solutions pour apporter du confort été comme hiver dans leurs constructions, sans chauffage central ni climatisation. Pour quelles raisons s'entêtent-ils à construire des bâtiments trop vitrés, mal isolés, sans inertie, sans déphasage, sans ombrages l'été et sans apport solaire l'hiver ? Est-ce le diktat du consumérisme et du court terme? Est-ce la paresse intellectuelle omniprésente dans la mondialisation libérale ? Ou encore ce goût pour le conformisme qui nous amène à exclure ce qui est différent ?... Chacun peut oberver ses semblables pour se faire une idée.
Dans notre agence d'architecture, nous avons opté il y a 21 ans pour les préceptes du bioclimatisme et des bâtiments passifs. En les croisant avec le choix de matériaux bien adaptés et les principes de ventilation naturelle, nous faisons de nos constructions des architectures refuges, des lieux qui soignent et qui protègent. Voici en images quelques uns de ces bâtiments.
Lors de l'épisode de juin dernier, le plus chaud jamais vu en France, il était aisé de maintenir des températures en dessous de 26 degrés dans ces architectures, pour peu qu'on adopte le comportement adapté (voir en conclusion de cet article). C'est là que tout commence. Sauter cette première étape revient à nous handicaper nous-mêmes : comme si l'on partait nager avec un sac à dos. Ce n'est pas impossible à faire. Mais il paraît plus aisé et surtout plus avisé de laisser le sac sur la plage... C'est la même chose pour traverser une canicule.
Pour faire face au réchauffement climatique, l'expérience et la parole de Philippe MADEC placent le sujet au bon endroit : l'urbanisme et l'architecture, principalement la conception de l'enveloppe du bâti, de sa peau, constituée d'un toit et de façades. Où encore du sol aux abords du bâtiment. Là se trouve le principal déterminant du confort intérieur et de la capacité naturelle à rester frais ou pas.
Une enveloppe bien conçue conserve la fraîcheur, peut même produire du rafraîchissement en journée sans aucun équipements ni appareils. Un sol perméable et majoritairement végétal créé de l'ombrage et de la fraîcheur autour de lui par l'évapo-transpiration des plantes ou du revêtement de sol.
En revanche, une enveloppe largement vitrée sans occultations ni ombrages avec une toit terrasse bitumé et un parking goudronné en pied d'immeuble rend impossible toute fraîcheur naturelle. Une telle construction est forcée de recourir à la clim' pour compenser sa conception inepte. Cette clim' aura pour effet d'amplifier la température extérieure tout autour d'elle... C'est ainsi que l'on génère de puissants cercles vicieux...
Les architectes doivent tous apprendre et comprendre cela. On en est loin ! Si le bioclimatisme est enseigné depuis 1989 à l'île de la Réunion, il ne l'est toujours pas en France Métropolitaine en 2026 ! On a laissé les forces de l'argent prendre le contrôle. Celles-ci ne pensent pas le long terme, pas plus que les élus. A qui revient-il de pousser pour aller vers le cercle vertueux de l'architecture bioclimatique et passive sinon aux architectes, urbanistes et paysagistes eux-mêmes ?
Cependant, l'engagement des architectes et paysagistes ne suffit pas : le rôle des utilisateurs est cruciak. Ils doivent apprendre à modifier leur comportement lors des canicules. Sans ça, ça ne peut parcher. Il faut décaler nos horaires de 3 ou 4 heures pour profiter des heures fraîches : se lever à l'aurore pour épargner les corps et les esprits et pour stocker de la fraîcheur pour la journée en ouvrant en grand portes et fenêtres dans les bâtiments. Et les garder closes tout au long de la journée jusqu'à la nuit noire. De même ne pas utiliser d'appareils émetteurs de chaleur : cuissons à la poêle et au four, sèches serviettes et même faire la chasse aux ordinateurs ou appareils en veille. Les pouvoirs publics doivent faire passer le message à tous, former en venant sur le lieu du travail ou d'habitat. Sans ces changements dans les comportements, il sera là aussi difficile d'obtenir le résultat attendu.
Architectes, paysagistes, élus, public... le changement climatique nous renvoie à notre condition de citoyens, en devoir de comprendre et d'agir pour apporter sa pierre à l'édifice, si l'on ose dire.