La conception architecturale et paysagère, première étape incontournable pour la fraîcheur sans clim'

L'architecture d'un terrier bioclimatique apporte un confort remarquable été comme hiver
Alors que les canicules s'enchaînent depuis 2019, avec une intensité jamais vue en cette année 2026, nous vérifions la validité des principes du bioclimatisme et de l'éco-construction. Illustration à travers quelques-uns des chantiers réalisés en Haute-Loire, en neuf et en rénovation.

Les êtres humains ont les solutions pour apporter du confort été comme hiver dans leurs constructions, sans chauffage central ni climatisation. Pour quelles raisons s'entêtent-ils à construire des bâtiments trop vitrés, mal isolés, sans inertie, sans déphasage, sans ombrages l'été et sans apport solaire l'hiver ? Est-ce le diktat du consumérisme et du court terme? Est-ce la paresse intellectuelle omniprésente dans la mondialisation libérale ? Ou encore ce goût pour le conformisme qui nous amène à exclure ce qui est différent ?... Chacun peut oberver ses semblables pour se faire une idée.

Dans notre agence d'architecture, nous avons opté il y a 21 ans pour les préceptes du bioclimatisme et des bâtiments passifs, en neuf comme en rénovation. En les croisant avec une connaissance fine des matériaux et des principes de ventilation, nous faisons de nos constructions des architectures refuges, des lieux qui soignent et qui protègent. Tout commence par l'enveloppe, la peau du bâtiment. Selon sa conception, elle nous dispense de climatiser ou au contraire nous y oblige. Mettre (beaucoup) de matière grise dans l'enveloppe du bâtiment, autrement dit ses 6 façades, est un bon investissement : il rapporte beaucoup d'économies. Cela permet de supprimer des besoins d'électricité, de chauffage, de maintenance ou d'appareils. En outre, cela dote le bâtiment d'un confort naturel. Ce confort spontané se fait pour 60 à 80 % à travers la conception de cette "enveloppe". Le b-a BA de l'architecture bioclimatique commence ici, dans l'enveloppe, aussi appelée "clos-couvert " ou encore "hors-d'eau hors-d'air".

Lors de l'épisode de juin dernier, le plus chaud jamais vu en France (plus de 40°c partout pendant 10 jours), nos architectures bioclimatiques ont maintenu des températures entre 22 et 26 degrés sans clim'. Pour peu qu'on ait ouvert en grand de minuit à 9h et tout refermer le reste du temps, on maintient ce confort naturel sans effort ni dépense. Alors que dans les bâtiments dont l'enveloppe est conçuequ'à travers la réglementation, on est pénalisés et handicapés quoi qu'on fasse. Est-ce que l'on part à la nage avec un sac à dos? Certains (bravaches) diront "ce n'est pas impossible!". Certes. Il est cependant possible et avisé de poser le sac sur le rivage avant de traverser le lac... C'est la même chose pour une enveloppe non conçue ou mal conçue : elle est un boulet dans un épisode de canicule.

Pour faire face au réchauffement climatique, l'expérience et la parole de Philippe MADEC placent le sujet au bon endroit : l'urbanisme et l'architecture, principalement la conception de l'enveloppe du bâti, de sa peau, constituée d'un toit et de façades. Où encore du sol aux abords du bâtiment. Là se trouve le principal déterminant du confort intérieur et de la capacité naturelle à rester frais ou pas.
Une enveloppe bien conçue conserve la fraîcheur, peut même produire du rafraîchissement en journée sans aucun équipements ni appareils. Un sol perméable et majoritairement végétal créé de l'ombrage et de la fraîcheur autour de lui par l'évapo-transpiration des plantes ou du revêtement de sol.

En Haute Loire et dans le massif central, nous avons conçu et réalisé plusieurs terriers bioclimatiques. Le principe est d'utiliser la température du sous-sol, été comme hiver. Cette typologie d'architecture procure de grandes et même très grandes satisfactions à leurs occupants. Leur confort naturel est remarquable. Nos clients ont découvert des qualités analogues dans les constructions en chaux-chanvre, neuves ou rénovées. Les solutions existent, elles sont éprouvées, certaines depuis 10 ans, d'autres depuis bien longtemps. 
En revanche, une enveloppe largement vitrée, sans occultations ni ombrages, avec un toit terrasse bitumé et un parking goudronné en pied d'immeuble rend impossible toute fraîcheur naturelle. Une telle combinaison vous forcera à recourir à la climatisation pour compenser sa conception inepte. Et cette clim' aura pour effet d'augmenter la température extérieure tout autour du bâtiment... C'est ainsi que l'on génère de puissants cercles vicieux... dont les data centers sont l'exemple paroxysmique qui nous mène tout droit à la panne électrique générale en plein été.

Les architectes doivent apprendre et comprendre cela. On en est loin. Si le bioclimatisme est enseigné depuis 1989 à l'île de la Réunion, il ne l'est toujours pas vraiment en France Métropolitaine en 2026 ! On a laissé les forces de l'argent prendre le contrôle. Celles-ci ne pensent pas le long terme, pas plus que les élus ou les technocrates. Le court-termisme est une maladie très répandue dans ces milieux. A qui revient-il alors de pousser pour aller vers le cercle vertueux de l'architecture bioclimatique et passive ? Peut-être aux architectes, urbanistes, ingénieurs et paysagistes ?

Et même s'ils s'engagent, cela ne suffit pas : il faut que les utilisateurs en fassent autant. Il est indispensable qu'ils apprennent à modifier leur comportement lors des canicules, sinon ça ne peut pas marcher. En commençant par décaler les horaires d'ouverture ou de travail de 3 ou 4 heures pour profiter des heures fraîches : se lever à l'aurore pour épargner les corps et les esprits et pour stocker de la fraîcheur pour la journée en ouvrant en grand portes et fenêtres dans les bâtiments. Et les garder closes tout au long de la journée jusqu'à la nuit noire. De même ne pas utiliser d'appareils émetteurs de chaleur : cuissons à la poêle et au four, sèches serviettes et même faire la chasse aux ordinateurs ou appareils en veille. Les pouvoirs publics doivent faire passer le message à tous, former en venant sur le lieu du travail ou d'habitat. Sans ces changements dans les comportements, il sera là aussi difficile d'obtenir le résultat attendu. 

Architectes, paysagistes, élus, public... nous sommes avant tout citoyens, en devoir de comprendre et en capacité d'agir. Pour nous adapter et surmonter l'épreuve des canicules... autant que pour changer complètement l'enveloppe des bâtiments. Ce qui prendra au moins trente ans, plus probablement cinquante ans. Et pour être au rendez-vous, il faut commencer aujourd'hui cette métamorphose générale. 

Paysage & Urbanisme, Habitat Architecture Bioclimatique, Canicule, Haute-Loire